La semaine prochaine, c’est le mercredi des Cendres, début de la période de jeûne chrétienne appelée le Carême. Je n’ai jamais jeûné. Cela m’a toujours semblé plutôt inconfortable et difficile. Jusqu’à présent, je n’en voyais aucun avantage et j’avais le sentiment que la gestion de ma spondylarthrite ankylosante (SA) m’occupait déjà suffisamment.

Plus je lis et plus j’expérimente, plus je suis convaincue que l’alimentation est importante pour ma pathologie. Nous savons que la SA est héréditaire à environ 95 %, je n’aurais donc pas pu empêcher son apparition. Mais ce que je mange peut peut-être influencer la progression de la maladie et, surtout, la façon dont je me sens au quotidien. Une bonne alimentation devrait également aider à tenir à distance d’autres problèmes de santé résultant d’une inflammation chronique.

Mais ne pas manger du tout ?! JE NE SUIS PAS TROP SÛRE DE VOULOIR ARRÊTER TOTALEMENT DE MANGER !

Alors, en quoi consiste le jeûne ?! VOICI CE QUE J’AI DÉCOUVERT

La première chose que j’ai découverte est que je pouvais jeûner de nombreuses manières différentes. Je pourrais ne pas manger pendant seulement 8 à 12 heures, ce qu’on appelle le « jeûne intermittent » et qui revient à manger tôt le soir ; ou jeûner pendant peut-être 3 semaines. Je pourrais ne rien manger du tout, ou simplement limiter mon alimentation, par exemple aux jus ou aux fruits.

La deuxième chose que j’ai réalisée est que non seulement les chrétiens de pratiquement toutes les confessions, mais aussi toutes les autres grandes traditions de sagesse, telles que les hindous, les musulmans, les bouddhistes et les juifs, pratiquent le jeûne lors de certaines cérémonies ou périodes de l’année. Ce sont des traditions qui perdurent depuis des millénaires et qui reposent sur des connaissances collectives et accumulées. De telles coutumes sont une pratique spirituelle, mais elles ont aussi souvent été développées pour des raisons pratiques. En Europe occidentale, avant le commerce mondial et les serres industrielles, la nourriture se faisait rare au printemps, il y avait donc de bonnes raisons de manger moins ! Mais il y avait peut-être aussi des raisons de santé à ces pratiques, qui ne pouvaient être prouvées scientifiquement mais qui étaient observées. Les Grecs de l’Antiquité croyaient au jeûne. En effet, on prête à Hippocrate ces paroles : « Au lieu d’utiliser des médicaments, jeûnez plutôt un jour. »

La troisième chose que j’ai trouvée est que la médecine occidentale ne conseille pas le jeûne, particulièrement pour les personnes souffrant de maladies chroniques graves. L’article de Wikipédia sur le jeûne traite longuement de la pratique du jeûne dans la religion. Les applications médicales ne sont mentionnées qu’en référence au jeûne avant une intervention chirurgicale ou des examens médicaux.

Autrement, le jeûne est rapidement expédié sur Wikipédia : « Bien que les praticiens de la médecine alternative promeuvent le « nettoyage du corps » par le jeûne (comme s’il s’agissait d’un jeûne diagnostique), le concept de « détoxification » est un mythe marketing dont les fondements ou l’efficacité n’ont que peu de base scientifique. »

Mais la quatrième chose est que j’ai trouvé un article sur les effets du jeûne sur la polyarthrite rhumatoïde dans la célèbre revue médicale « The Lancet » en 1991. Sa conclusion est la suivante : « Le jeûne est un traitement efficace pour la polyarthrite rhumatoïde, mais la plupart des patients rechutent lors de la réintroduction des aliments. » Cependant, après 7 à 10 jours de jeûne, les patients ont été soumis à un régime végétalien sans gluten, puis lacto-végétarien. Un groupe témoin a suivi un régime ordinaire. Le résultat final : « Les bénéfices dans le groupe soumis au régime étaient toujours présents après un an, et l’évaluation de l’ensemble du parcours a montré des avantages significatifs pour le groupe régime dans tous les indices mesurés. Ce régime alimentaire semble être un complément utile au traitement médical conventionnel de la polyarthrite rhumatoïde. »

Ces recherches sur la polyarthrite rhumatoïde (PR) ont-elles été suivies d’effet ? Oui ! Un article intéressant de 2014 intitulé « Fasting: Molecular Mechanisms and Clinical Applications » (Jeûne : mécanismes moléculaires et applications cliniques) déclare : « …pour de nombreux patients [souffrant de PR] capables et désireux d’endurer un jeûne de longue durée et de modifier durablement leur régime alimentaire, les cycles de jeûne auraient le potentiel non seulement de renforcer, mais aussi de remplacer les traitements médicaux existants. » Les effets positifs du jeûne sur la PR ont été étayés à ce jour (2025) par au moins neuf études différentes. La plupart des études ont porté sur le jeûne du Ramadan. Le jeûne complet de sept jours ou le jeûne intermittent réduisent également l’activité clinique de la maladie (mesurée par l’amélioration des scores évaluant les symptômes de la maladie).

Et qu’en est-il des effets sur d’autres troubles rhumatismaux ? J’ai trouvé une étude qui a également examiné la spondylarthrite ankylosante, montrant des effets modérément positifs. Elles font toutes référence au jeûne du Ramadan. Je n’ai trouvé aucune littérature sur d’autres maladies rhumatismales ou musculosquelettiques.

Ma cinquième réflexion provient de connaissances récentes acquises en recherche médicale fondamentale. Un processus qui pourrait avoir joué un rôle clé dans les effets positifs du jeûne pour les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde est l’autophagie. Il s’agit d’une sorte de programme de nettoyage biologique automatique. L’élimination des déchets et des vieux débris est essentielle à la forme cellulaire et organique de tout organisme vivant. L’autophagie décrit un processus fondamental consistant à dégrader et recycler les vieilles cellules, pour les utiliser ensuite à de nouvelles fins ou comme source d’énergie. Yoshinori Ohsumi, qui a découvert ces processus et élucidé les mécanismes de base du fonctionnement de l’autophagie, a reçu le prix Nobel de médecine en 2016 pour ses travaux.

L’autophagie, en tant qu’acte de recyclage et de nettoyage, est essentielle dans de nombreux processus physiologiques. Elle est déclenchée par la nécessité de s’adapter à un manque de nourriture causé par l’inanition ou un jeûne intentionnel, mais elle est aussi une réponse à l’infection. De plus, on sait désormais que des mutations dans les gènes de l’autophagie peuvent provoquer des maladies, et que le processus autophagique est impliqué dans plusieurs pathologies, notamment l’arthrite, le cancer et les maladies neurodégénératives. Mais personne ne comprend encore comment. Ainsi, la vision du jeûne changera peut-être dans les années à venir. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre l’autophagie et comment elle peut être précisément liée à l’arthrite. Nous pourrions découvrir que l’autophagie pourrait contribuer au traitement des maladies, peut-être même par le jeûne !

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